Quand j’ai passé l’oral du CRPE, je surveillais les publications des copines qui le passaient avant moi. Et je me souviens que l’une d’elles avait été questionnée sur la classe flexible. PANIQUE ! Je n’avais aucune idée de ce que c’était. Vite, vite, je me suis renseignée.

Si toi aussi, tu n’as qu’une idée vague du concept, alors voilà de quoi résumer : la classe flexible fait référence. Venue d’Amérique du Nord, elle propose différentes assises pour optimiser la concentration et le confort. L’espace est repensé : l’aménagement en « centres » ou en ateliers dirigés est la norme. Les déplacements sont non seulement permis mais promus. Le temps est structuré  en plans de travail par élève ou par niveaux. La place de l’enseignant est renversée : il facilite les apprentissages, accompagne et étaye. Fini les longs monologues.

Comprendre la classe flexible

Dans cette description, il y avait deux éléments qui me questionnaient quand j’étais jeune PE :

Comment individualiser les parcours sans passer des heures au carré à préparer du sur-mesure ?​

Après quelques années, j’ai fini par comprendre. La clé réside dans la conception universelle des apprentissages. En deux mots, l’idée est de concevoir tes ateliers pour tous, et c’est l’enfant qui les utilisera en fonction de ses besoins. Tu vas passer plus de temps à concevoir, mais ensuite tout est prêt à l’emploi. Si, comme moi, tu as été biberonnée à la théorie socio-constructiviste, tu vas penser que la classe flexible est le théâtre de mini conflits socio-cognitifs permanents. Oui… Et non. Cela est très vrai dans le domaine des sciences, des arts plastiques ou musicaux, et en EPS bien sûr. Mais lorsqu’il s’agit des maths et du français, j’ai appris à mes dépens qu’un enfant ne construit pas la règle du MBP en confrontant ses hypothèses à celles d’un camarade. Il lui faut un enseignant ultra clair, qui détaille le pourquoi du comment, décortique les erreurs, anticipe les questions et décompose les objectifs en mini étapes. En bref, il faut adopter un enseignement explicite. J’ai découvert qu’on pouvait aimer Vygotsky, mais pas sans Bissonnette.

En quoi la classe flexible est-elle une révolution ? ​

Bah… ce n’est pas une révolution. On la pratique depuis longtemps en maternelle. La fracture GS-CP est justement marquée à cause de cette énorme différence. En maternelle, les programmes (et les écarts langagiers des enfants) exigent des modalités d’apprentissage spécifiques (jouer, mémoriser, s’exercer, réfléchir) qui nous contraignent à penser notre enseignement de manière ludique, modulable et différenciée. Mais l’enfant ne se transforme pas tout à coup en septembre de la rentrée au CP ! Il nous faut repenser l’école élémentaire en profondeur. Les politiques d’inclusion mises en œuvre depuis dix ans nous obligent à repenser l’espace et le temps de la classe. J’ai débuté sur des décharges de poste, où je ne pouvais pas m’essayer au flexible. Et je souffrais. Comment être aussi présente avec celui qui a deux ans de retard qu’avec celui qui a deux ans d’avance ? Comment gérer les élèves allophones ? Et le TDAH ? Et le TSA ?

La classe flexible ne fait pas de miracles.
Mais elle fait des merveilles.

Mon évolution

Pour me lancer, j’ai fonctionné par petites étapes. D’abord, j’ai mis des coins au fond de la classe, sur les temps où les élèves avaient terminé leur travail. Mais seuls les élèves qui terminaient les premiers en profitaient. 

Alors, j’ai créé des temps dédiés à ces coins. Tout le monde pouvait y accéder à tour de rôle. J’avais un coin lecture, un coin jeu de société, et un coin artiste (arts visuels). Ils adoraient. Mais qu’y apprenaient-ils vraiment ? Quelles compétences étaient travaillées ? Et il y avait toujours des zozos qui n’y faisaient pas grand chose. 

Puis, la classe qui jouxtait la mienne s’est libérée. Les deux salles communiquaient. J’en ai profté pour installer des ateliers : 6 au total, répartis sur 6 temps dans la semaine, avec à chaque fois 3 ou 4 élèves par atelier. J’y travaillais une compétence bien définie, et j’étais « volante » sur les ateliers.

C’est là que j’ai compris que je ne ferai plus jamais machine arrière :

  • les élèves en difficulté étaient tout à coup en réussite car l’activité proposée était à leur portée
  • j’étais au plus près de leurs besoins, je redevenais utile. Les erreurs étaient valorisées car c’était moi, en temps réel, qui les expliquais et encourageais une nouvelle tentative. Mon stylo rouge était devenu inutile.
  • impossible de rester les bras croisés : tous les enfants étaient en activité.

Limites

Mais c’était très bruyant, j’étais épuisée de passer d’ateliers en ateliers, je devais tout installer en début de semaine (et souviens-toi qu’en CP on n’a pas d’ATSEM !) et je ne voyais pas comment garder une trace de leur travail, de leurs progrès, ni comment les évaluer. L’année suivante, j’ai décidé de garder un atelier dirigé d’une demi-classe et de faire tourner le reste des élèves sur les ateliers. Pas plus de 2 enfants par atelier pour garder le calme. J’ai repensé l’agencement des centres pour éviter les distractions visuelles et sonores. J’ai construit une vraie progression des centres avec un découpage en mini-compétences. Bref : je suis passée au flexible.

Aujourd'hui

A quoi ressemble ma classe aujourd’hui ? Nous travaillons dans deux espaces : un premier assez classique, où les élèves sont installés en ilots. Au fond, on trouve les coins dont je t’ai parlés. Chaque enfant a sa table, son casier, son espace. Je trouve que c’est rassurant pour lui et que cela le prépare aussi aux niveaux supérieurs. Puis un deuxième espace, avec 9 centres de maths et français. Au centre, une table en demi-cercle où j’anime les ateliers dirigés en demi-groupe pendant que les élèves tournent en binômes sur les centres. Le matin nous sommes en classe flexible ; l’après-midi en classe conventionnelle. 

Croquis de l'organisation actuelle de ma classe

Pourquoi je dis « centre » et plus « atelier »

Une CPC m’a visitée quand je commençais à travailler en ateliers. Elle m’a alors conseillé de lire l’ouvrage « Les centres de littératie » de Debbie Diller. Selon l’auteure, un « centre » est un espace où l’élève va avoir différentes activités proposées autour d’un même domaine d’apprentissage. Au CP, il est difficile de proposer ces différentes activités en même temps, au risque de perdre les élèves fragiles. Il appartient à l’enseignant de planifier les propositions. Ainsi, un centre comporte plusieurs ateliers successifs.

Mais à tout moment je peux changer d'avis : la maitresse aussi est flexible !