Le matériel de l'élève
Lorsque les élèves commencent à se déplacer dans la classe, une question se pose très vite : que doivent-ils réellement posséder ?
Au début, j’ai beaucoup réfléchi au matériel. Fallait-il tout mutualiser ? Supprimer les cartables ? Faire disparaître les casiers ? J’ai finalement compris que ce n’était peut-être pas la bonne question.
Dans une classe flexible, l’enjeu n’est pas de posséder plus ou moins de matériel. L’enjeu est que chaque outil soit disponible au bon endroit, au bon moment.
J’ai donc progressivement réduit le matériel individuel au strict nécessaire. Tout le reste est devenu du matériel collectif.
J’ai toutefois conservé les casiers et les cartables. Ce n’est pas un choix pédagogique fort, mais un choix de continuité : mes collègues des niveaux supérieurs ne fonctionnent pas en classe flexible et je ne souhaitais pas que l’entrée au CE1 constitue une rupture supplémentaire pour les élèves.
Aujourd’hui, chaque enfant possède son casier, son cartable et une trousse réduite au minimum vital. Pour tout le reste, nous fonctionnons sur un principe simple : tout est à tout le monde.
Et honnêtement, c’est un immense soulagement. Fini les « Maîtreeeesse, je n’ai plus mon feutre d’ardoise ! » Quand les élèves sont en centres ou en atelier dirigé, le matériel est déjà là où ils en ont besoin.
Le matériel commun
J’aime bien plaisanter en disant qu’on est en URSS dans ma classe. Tout est commun.
Tu abîmes : tu répares.
Tu as besoin : tu te sers.
C’est en bazar : tu ranges.
Au-delà de la blague, j’ai progressivement abandonné une grande partie du matériel individuel. Ce choix n’est pas économique ; il est pédagogique.
Quand les élèves se déplacent dans les centres, le matériel doit déjà être là où ils en ont besoin. Je ne veux pas qu’ils traversent la classe pour chercher une gomme ou un feutre d’ardoise. Je ne veux pas non plus qu’ils attendent qu’un camarade retrouve sa règle.
Le matériel commun permet de réduire les temps morts et de consacrer l’énergie des élèves aux apprentissages plutôt qu’à la gestion de leurs affaires.
Évidemment, cela demande un peu de matériel : ardoises, feutres, crayons, gommes, pots de rangement… Mais ce n’est finalement qu’un moyen au service d’un objectif plus important : rendre les élèves autonomes.
Les brise-vues : s'isoler sans quitter le groupe
Problème : une classe qui bouge, c’est une classe distrayante. Et comme les enfants ne savent pas encore facilement s’inhiber, il faut les aider.
Ce que j’utilise : le brise-vue, aussi appelé séparateur. Il permet aux élèves de ne plus voir les copains et de rester concentrés sur leur petit espace. Ils sont en libre-service, mais j’apprends aussi aux élèves à identifier le moment où ils en ont besoin. Rapidement, ils prennent le pli. Ça ne coute vraiment pas très cher sur les sites non spécialisés. Tu peux aussi en fabriquer en carton. J’en ai acheté une dizaine en plastique ondulé (lien ici), qui font l’affaire. Même si les élèves ont gribouillé dessus et qu’ils se plient maintenant en douze, ils font encore le taf.
Limite : j’ai remarqué que le brise-vue peut aussi devenir une cachette pour les enfants qui ont besoin d’un petit temps de repli. Or, j’ai besoin que les élèves apprennent à inhiber les distractions et à recentrer leur attention. Je veille donc à ce que l’usage des brise-vue ne dépasse jamais la durée d’une activité. Lorsqu’un élève a réellement besoin de s’isoler, d’autres espaces de la classe sont prévus pour cela.
Les casques : quand le bruit devient un obstacle
Problème : une classe qui travaille, c’est parfois une classe bruyante. Au CP, j’ai remarqué que les élèves ne tiennent pas le chuchotement sur la durée. Et pour certains, c’est vraiment dérangeant.
Ce que j’utilise : les casques antibruit. Sur les sites spécialisés style Hoptoys, ils coutent une vingtaine d’euros l’unité. Jamais je ne dépenserai ça. J’achète des casques anti-bruit de chantier chez Noz (1€ l’unité ; quelques arrivages par an). Et pour éviter que la mousse ne se fasse la malle, je la scotche avec de l’adhésif d’électricien. Ça ne coupe pas beaucoup les décibels, soyons honnêtes, mais cela permet aux élèves de se couper du monde. C’est probablement l’un des meilleurs investissements que j’ai faits.
Limite : Les élèves oublient parfois qu’ils portent un casque et se mettent à parler avec… à 100 dB. À moi de leur rappeler qu’il ne doit servir que pendant une courte durée. Et qu’il n’est pas non plus un collier.
Les chuchoteurs : lire sans déranger
Problème : Au CP, les enfants ne savent pas lire dans leur tête, ni chuchoter dans la durée. Les séances de lecture deviennent vite : « Il était UnE fOis UN PRINCE CHARMANT… »
Ce que j’utilise : les chuchoteurs. Tu peux en fabriquer avec des tubes en PVC coudés de plomberie, mais franchement le lot sur Amaz** est bon marché et fonctionne très très bien. Choisis bien une taille adaptée aux enfants de ton groupe d’âge.
Limite : Oui, ils vont essayer de crier dedans (et se percer un tympan). Oui, un petit rigolo va aussi péter dedans pour voir si ça résonne. Réponse : ça résonne (et c’est drôle). Pour éviter que ces expérimentations ne se reproduisent à chaque séance, je prends le temps de faire une véritable découverte de l’objet. Je modélise ce qu’on peut faire… et ce qu’on ne peut pas faire. Ils expérimentent une bonne fois pour toutes, puis on n’en parle plus.
La trousse individuelle
J’ai beaucoup de chance de travailler dans une commune où la mairie propose un budget conséquent par élève. Du coup, j’essaie d’acheter le plus possible de fournitures sur le budget et de demander le moins possible aux familles.
Au CP, les enfants ont une boite et un sous-main qu’ils vont garder jusqu’en CM2. Ils peuvent personnaliser la boite (et s’en donnent à coeur joie !) Au CM2 c’est carrément un objet sentimental, qu’ils emportent à la maison comme souvenir du temps passé à l’école primaire (ci-contre, celle de mon grand garçon).
Je fais le choix d’une trousse volontairement minimaliste. Chaque objet a une utilité réelle. Tout ce qui est superflu est une source supplémentaire de perte, de distraction ou de conflits. Au fil des années, j’ai énormément simplifié, jusqu’à ne conserver que l’essentiel.
« Moins ils en ont, moins ils en perdent ».
– Une maitresse expérimentée
Dans une trousse, il y a...
1 crayon papier. Là, je ne transige pas : c’est le Lyra graphite Groove Slim triangulaire HB. Je l’aime. PARFAIT. Rien à redire. Sa forme triangulaire permet de bien placer les petits doigts ; les ronds donnent des repères visuels ; le carbone est gras et glissant, ne tache pas et s’efface parfaitement. En général j’en donne un deuxième à mi-année (en dessous de 8 cm de longueur il n’est plus utilisable pour l’écriture). C’est moi qui les taille à la demande (au taille-crayon électrique). Pas de taille-crayon en libre-service. Vous laisseriez des allumettes à un pyromane vous ?
1 stylo vert. Le Bic de base. Pas de fantaisie. De toute façon, le bouchon ne verra jamais le CE1. Pas de rouge ; j’ai le monopole.
1 gomme. Non : un tiers de gomme. Je coupe les gommes en 3, parce qu’elles terminent arrondies, plantées de mines, gribouillées ou découpées. Donc autant limiter la casse.
1 surligneur. Que dire ? Un surligneur quoi.
1 feutre ardoise. J’en redonne un quand il meurt. Les serial killers sont vite repérés, et doivent basculer sur un Woody.
1 « bâtonnet » de glace au nom de l’enfant. Tu peux voir pourquoi c’est utile dans la section « les coins ».
1 kit de survie composé d’une réglette alphabétique présentant les 3 écritures et d’une bande numérique de 0 à 20 (et plus tard, d’un château de nombres jusqu’à 100).
EN JUIN : et seulement en juin, j’ajoute 1 stylo bleu. Avant je donnais un Bic. Si tu veux embosser le papier, c’est parfait. L’autre problème du stylo Bic, c’est qu’on ne peut pas l’effacer. Maintenant, j’ai investi dans un Pilot Frixion bleu 0,7 mm (et des recharges). Mais c’est du leasing : je le récupère d’une année sur l’autre.
Au final, cette trousse paraît presque vide… et c’est exactement ce que je recherche. Les élèves trouvent immédiatement ce dont ils ont besoin, perdent moins de matériel et deviennent rapidement autonomes. Finalement, la simplicité est souvent la meilleure alliée de l’autonomie.
Les cahiers
Au CP, on a des petits bras. Donc on écrit sur des cahiers A5 (les fameux 17 × 22 cm). Si tu achètes des cahiers plus grands, l’élève ne peut pas atteindre le haut de la feuille tout en maintenant une bonne posture d’écriture (cahier penché, avant-bras parallèle, poignet libre). Si l’enfant écrit sur le cahier, le grammage est important : en-dessous de 90 g/m2, il risque de trouer la page (ils appuient les bougres !). Si c’est un cahier « de collage » (comme le cahier de liaison), go pour 70 g/m2.
Une matière = une couleur. Ce repère visuel stable permet aux élèves d’identifier immédiatement le domaine travaillé et de retrouver plus facilement leur matériel.
Le cahier du jour est le seul dans lequel on écrit quotidiennement. Au début du CP, je pars sur un lignage Seyès 3mm, dans la continuité de la GS (mais cette fois on a tous les interlignes !). J’aimerais du Sécail, mais impossible de trouver une référence abordable. Et le Gurvan, c’est intouchable en termes de prix. Alors je surligne souvent le chemin d’écriture au feutre clair. Pourquoi j’aime le Sécail ? Car cette réglure met en avant le chemin d’écriture, ce qui facilite le repérage visuel (et ne dérange nullement ceux qui n’en ont plus besoin).
Ces cahiers ont peu de pages et permettent de basculer rapidement (vers Noël) sur un lignage 2,5 mm (qu’on trouve cette fois en Sécail !). Quand le cahier est terminé (février ou mars), je passe sur un cahier Seyès 2 mm c’est-à-dire LA réglure française par excellence. Le chemin d’écriture a disparu, mais les élèves ne s’en aperçoivent même pas ! J’agrafe les 3 cahiers sous un même protège-cahier (bleu). Comme ça, l’élève peut voir ses progrès en un clin d’oeil (et moi aussi).
Enfin, si tu as le budget, je te conseille les couvertures polypro pour les autres domaines : facile à entretenir et endurantes. Sinon, tu peux utiliser des protège-cahiers (au moins 100 microns sinon c’est du ), qui te permettent de choisir la couleur de ta matière sans galérer dans les références fournisseurs.
MENTION SPÉCIALE : le cahier de textes ! J’achète le même pour tous les élèves. C’est un budget, mais c’est un gain de temps précieux quand tu dois leur dire à quel onglet aller au début de l’année (souviens-toi : ils ne savent pas encore lire !). Il suffit de dire « ouvrez à jeudi, c’est le jour violet ! ».
Tu l’auras compris, le risque avec le matériel de la classe flexible, c’est de vouloir toujours en avoir plus, et on rêve devant les comptes Instagram de maitresses qui recèlent d’accessoires coquets et originaux…
Ou pas ! D’abord parce que notre budget n’est pas extensible, et ensuite car le mieux est l’ennemi du bien.
Le matériel idéal, c’est celui qui répond aux besoins des élèves. Ni plus. Ni moins.
