Penser sa pratique
« Pense ta pratique », « Construis une approche réflexive », « Fais un pas de côté sur ton travail »… Toi aussi tu as déjà entendu ces expressions de la part d’un CPC ou d’un IEN ? Facile à dire, difficile à faire. Car quand on est sur le front, bien souvent en mode survie, on rentre à la maison le soir la moelle sucée, sans plus aucune once d’énergie pour questionner ce qui a marché ou pas dans la journée qui vient de s’écouler. Et puis, il y a toutes les fois où on s’appuie sur son feeling pour évaluer sa pratique, sans objectivation aucune. « J’ai été nulle ». « Ils ont été pénibles ». « Cette séance était super. »
Pour nourrir ma réflexion pédagogique, j’ai décidé de sortir de cette spirale et de prendre le problème par les deux bouts. En amont, la conception des séances, avec son lot de questionnements et d’ajustements. En aval, l’évaluation comme unique juge de paix.
Et c’est une boucle itérative d’essais et d’erreurs : on conserve ce qui met les élèves en réussite ; on modifie ce qui les met en échec. Et c’est évidemment une boucle infinie, car deux cohortes ne se ressemblent pas, car la maitresse mûrit elle aussi et parce que l’environnement entier de l’école est en mouvement.
Mais n’est-ce pas cela qui fait que notre métier est si passionnant ?
Concevoir
Observer
Ajuster ➡️ Reconcevoir
Avant la classe : concevoir
Tout est dans ce titre.
Concevoir. C’est se projeter dans la classe avant d’y mettre les pieds. Au-delà de la conception de la fiche de séquence (qu’on trouve dans n’importe quel guide péda), c’est la création d’une dynamique qui motive tous les élèves, qui les fait tous progresser et les met en réussite. Je ne prétends pas que tous les enfants atteindront tous les attendus de fin d’année, car nous savons bien que c’est une utopie. Mais je prétends faire le maximum pour que cela puisse arriver. Ou, a minima, que tous les enfants aient progressé vers ce but.
Problème : il existe autant d’apprenants que d’enfants, et chaque cohorte est unique. Il faut donc penser l’enseignement de la manière la plus universelle possible. C’est comme si nous devions ouvrir toutes les portes de l’école : nous pourrions fabriquer une clé par porte, et recommencer à chaque changement de serrure ; ou bien nous pourrions concevoir un pass qui ouvre toutes les portes. Ça fait rêver, non ?
Cela s’appelle la Conception Universelle des Apprentissages, ou CUA. Non, ce n’est pas une mode. Non, ce n’est pas un dogme. Non, ce n’est pas un courant pédagogique. C’est seulement un outil de fabrication inclusif qui rend la différenciation plus juste et plus efficace dès la conception de l’enseignement.
Pendant et après la classe : observer
Observer. En premier lieu, c’est ouvrir grand les yeux et les oreilles pendant qu’on est avec les élèves. Malheureusement, avec une seule paire d’yeux et d’oreilles, je constate que mon observation est très limitée. Amusez-vous à faire cet exercice : posez votre téléphone en mode vidéo dans le coin de la classe pendant dix minutes. Le soir, visualisez le film. En faisant ceci, j’ai découvert, stupéfaite, que je n’observais qu’une toute petite partie des élèves, sur des temps en réalité très courts. C’est comme si le fait d’enseigner mettait des oeillères ! Heureusement, grâce au dispositif d’atelier dirigé, mes oeillères peuvent s’élargir de temps en temps !
Et attention, je ne veux pas qu’on se méprenne : l’observation faite en classe est précieuse et irremplaçable, en particulier dans la construction d’une relation de confiance avec les enfants, et pour comprendre leurs raisonnements et leurs procédures, ou pour les accompagner in situ. Mais elle doit être complétée d’une observation objectivée, qui ne peut passer que par l’évaluation. Véritable baromètre de ma pratique, c’est elle qui la sanctionne. Quand le même élève reste en difficulté malgré la conception réfléchie de ma séance, ou quand une majorité d’enfants piétinent, je dois réinterroger ce que je propose : retour à la case de conception.
Et concrètement, ça donne quoi dans ma classe ?
Concevoir, observer, ajuster, recommencer… C’est bien joli sur le papier. Mais toutes ces réflexions n’ont d’intérêt que si elles transforment réellement ce qui se passe dans la classe.
Alors maintenant que tu sais comment je pense ma pratique, je te propose de passer de l’autre côté du miroir : comment est-ce que j’organise ma classe pour essayer de mettre tout cela en œuvre au quotidien ?
